Les castors transforment-ils les rivières en puits de carbone durables ?

Les castors transforment-ils les rivières en puits de carbone durables ?

Le retour des castors en Europe modifie profondément l’équilibre des cours d’eau et joue un rôle inattendu dans la lutte contre le changement climatique. Une étude récente menée en Suisse révèle que les zones humides créées par ces animaux agissent comme des puits de carbone remarquablement efficaces. Chaque année, une zone humide façonnée par les castors peut absorber près de cent tonnes de carbone, soit bien plus que les milieux naturels voisins. Ce phénomène s’explique par la transformation du paysage : en construisant des barrages, les castors ralentissent l’écoulement de l’eau et favorisent la formation de marais et d’étangs. Ces milieux piègent le carbone sous différentes formes, notamment dans les sédiments et le bois mort accumulé.

L’eau stagnante permet au carbone dissous de s’infiltrer dans le sol plutôt que de s’échapper dans l’atmosphère. Pendant les saisons humides, le système devient un réservoir de carbone, tandis qu’en été, lorsque le niveau d’eau baisse, une partie du carbone est relarguée sous forme de dioxyde de carbone. Pourtant, sur le long terme, le bilan reste largement positif. Après plusieurs décennies, une zone humide de ce type peut stocker jusqu’à mille deux cents tonnes de carbone, soit dix fois plus que dans un milieu non transformé par les castors.

Les sédiments des marais créés par les castors contiennent bien plus de matière organique et minérale que les sols environnants. Le bois mort, issu des arbres inondés, représente près de la moitié du carbone stocké. Même si une partie du carbone est libérée sous forme de gaz à effet de serre, ces émissions restent marginales comparées à la quantité totale captée. Les castors accélèrent ainsi la formation de réserves de carbone stables, capables de persister pendant des siècles.

À l’échelle d’un pays comme la Suisse, le potentiel est significatif. Si toutes les zones compatibles avec la présence des castors étaient colonisées, le carbone stocké pourrait compenser une partie non négligeable des émissions nationales. Ces résultats soulignent l’importance des cours d’eau de tête de bassin, souvent négligés, dans les stratégies de lutte contre le réchauffement climatique. Les castors, en remodelant les paysages, offrent une solution naturelle et économique pour renforcer la capacité des écosystèmes à absorber le carbone. Leur action dépasse largement celle des forêts ou des sols agricoles, démontrant que la restauration des milieux naturels peut jouer un rôle clé dans la régulation du climat.


Mentions des sources

Publication citée

DOI : https://doi.org/10.1038/s43247-026-03283-8

Titre : Beavers can convert stream corridors to persistent carbon sinks

Revue : Communications Earth & Environment

Éditeur : Springer Science and Business Media LLC

Auteurs : Lukas Hallberg; Annegret Larsen; Natalie Ceperley; Raphael d’Epagnier; Tom F. Brouwers; Bettina Schaefli; Sarah Thurnheer; Josep Barba; Christof Angst; Matthew Dennis; Joshua R. Larsen

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